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  Dossier
Ibrahim Ag Bahanga et Hassane Fagaga

Bahanga, et Hassane Fagaga (ils sont cousin), sont en réalité minoritaires au sein de leur propre communauté. Voir même insignifiants au sein de l’ensemble des communautés vivant au nord du Mali. Quelles sont les motivations réelles de ce duo lié par le sang et les actes ? Pourquoi agissent-ils ? Réponses.

La réalité est ceci :
Ibrahim Ag Bahanga s’est emmuré dans un cycle infernal d’attaques, de prise d’otages et de trafic depuis 1997. A l’époque déjà, il s’était tristement signalé à l’attention des Maliens en attaquant un bureau de vote lors des élections municipales.

Des agents de sécurité et des agents électoraux avaient été enlevés, puis détenus dans le désert nigérien.
Le régime de Alpha Oumar Konaré avait été contraint de négocier avec le bandit.

Revenu, peu de temps après à Kidal, Bahanga se livre à son activité favorite : le trafic entre l’Algérie et le Nord-Mali. Il est loin d’être inquiété.

Il devient même le parrain de nombreux réseaux de trafic qu’il mis en place.

La désertion, courant 2006, de son cousin le lieutenant colonel déserteur Hassane Fagaga, est intervenue, comme une aubaine pour Bahanga. Il rejoint Fagaga dans les montagnes.
Intégré dans l’armée à la faveur de l’application du Pacte national en 1992, Fagaga avait été reversé au compte de la Garde nationale, puis affecté à Kidal.

En 2006, cet « officier », sans grande, ou sans aucune capacité intellectuelle, est à son tour, visité par les démons du banditisme.

Dans son aventure il entraîne un bon nombre de jeunes désœuvrés de Kidal dont la plupart sont d’anciens éléments de la rébellion de 1990. A rappeler que ces mêmes jeunes avaient bénéficié, en 1993, de fonds de réinsertion destinés aux ex-combattants non intégrés dans l’armée. Ils finirent par dilapider ces fonds. En vue d’exercer des chantages, ils s’étaient par la suite regroupés dans une association, exigeant encore de l’Etat, le financement de nouveaux projets dont on pourrait aisément imaginer le sort. Incapables qu’ils furent de gérer les premiers projets à eux destinés toujours dans le cadre de l’application du Pacte national. Ces jeunes étaient devenus alors des proies faciles pour des aventuriers de la trempe de Bahanga et de Fagaga.

Après un premier départ vers les montagnes en février 2006, le duo retourne à Kidal suite à des médiations menées par certaines notabilités de Kidal. “La paix“ n’a pas duré le temps d’un printemps. La preuve, l’attaque du 23 mai 2006, exécutée par les deux cousins. La suite on la connaît...
Suite à la signature de l’accord d’Alger, les deux bandits manifesteront leur désaccord. Mais le fonds du problème c’est que Bahanga et Fagaga, n’ont jamais digéré leur « mise à l’écart » des négociations ayant abouti à la signature de cet accord.
Attaquer, voler, piller

Cette « mise à l’écart » au demeurant était surtout la conséquence logique des divergences apparues, à Tegargat (où insurgés s’étaient repliés) les entre les deux hommes et le reste de l’Alliance du 23 mai. A signaler que la direction de cette Alliance née de l’attaque de Kidal revenait désormais à Iyad Ag Ghaly, chef historique de la rébellion des années 1990.
En effet, après l’attaque de Kidal, Iyad (qui avait rejoint les insurgés), a pris la direction des opérations à la fois militaires et politiques et ce, au grand dam des deux bandits.

Malgré leur réticence, l’accord d’Alger est alors mis en application avec le retour à Kidal des combattants, la remise des armes, la création du comité de suivi chargé de suivre l’application effective dudit Accord.

Afin de débattre de toutes les questions de développement des régions du nord, l’Etat organise, à Kidal, en 2007, un forum au cours du quel des projets ont été identifiés et des partenaires déclarés pour un meilleur accompagnement du Mali dans le cadre de l’exécution de certains destinés au développement du Nord de notre pays. Mais visiblement, Bahanga et Fagaga avaient leurs propres « projets » au bout du canon. Des projets tout à fait personnels. En août 2007, les deux bandits remettent ça. Pour la troisième fois, ils prennent la direction des montagnes non sans avoir auparavant attaqué, pillé, volé, tout sur leur passage. En plus, Bahanga, qui depuis 1997, est passé maître dans la prise d’otages s’attaque à une mission du ministère de l’Agriculture. Les éléments de l’escorte et des agents de cette mission sont enlevés. A chaque prise d’otages le bandit Bahanga n’a revendiqué ni un forage ni un puit encore moins la construction d’un centre de santé à Kidal. Surtout que l’Etat a fait d’énormes efforts dans ce sens ces dernières années.

Acte politique ?
Les deux hommes, à ce jour, n’ont jamais émis aucune revendication politique, contrairement aux temps forts de la rébellion des années 1990. A l’époque, on avait constaté le départ de beaucoup de cadres touaregs et arabes, qui finalement ont constitué la branche politique de la rébellion. Aujourd’hui, les deux bandits ne sont que des individus isolés lâchés à la fois par leur communauté et les cadres. Le seul « intellectuel » du groupe actuel, est un certain Hama Ag Sidyhamed, beau-père de Bahanga. L’alliance entre les deux hommes se trouve renforcée par l’appât du gain. Le beau-père (Sidyhamed) s’active, en complicité avec son épouse (une française) à “offrir“ au beau-fils (Bahanga), une bonne image à l’étranger à travers les médias occidentaux.

La stratégie ?
Faire admettre par l’opinion que les actions de Bahanga s’inscrivent dans une logique : la non application de l’accord d’Alger par les autorités maliennes. Or la réalité qui semble poser problème à Bahanga et à ses complices, c’est la présence de l’Armée nationale au Nord qui l’empêche lui et tous les autres bandits de son acabit de se livrer impunément aux trafics en tout genre le long de nos frontières, au-delà, sur toute la bande sahélo saharienne.

Les attaques, la pose des mines, l’enlèvement des personnes s’inscrivent dans la logique destructive de Bahanga et qui est en passe de devenir sa religion. Il ne s’agit ni plus ni moins que d’actes de banditisme auxquels le bandit a pris malheureusement goût. Le piège s’étant renfermé sur lui, il n’est guère prêt d’en sortir, même si les autorités maliennes persistent à lui accorder pour cela, un brin de bonne fois pour qu’il se ressaisisse.

C’est dire combien, il est important pour l’ensemble des Maliens de faire une lecture des événements récents survenus au nord du pays pour comprendre ce qu’ils cachent. Plus important, est d’éviter le piège tendu à l’intérieur et à l’extérieur, par Bahanga et autres. Curieusement, certains, se sont déjà pris au piège, ou s’y sont volontairement fait prendre.

Le jeu trouble mené depuis des mois par les derniers donnent à réfléchir. A chacun de se dire tout simplement que la crise actuelle dans la région de Kidal peut durer aussi longtemps que possible, mais le Mali restera toujours un et indivisible.

CH. Sylla

L’Aube du 15 mai 2008

 

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